Et si la prévention du harcèlement scolaire commençait ailleurs ?
- Sonia Grimm

- 30 juin
- 3 min de lecture
Depuis des années, on explique aux enfants que le harcèlement fait souffrir. Qu'il faut respecter les autres, être gentil, faire preuve d'empathie.
C'est essentiel. Mais ce n'est pas suffisant.
Parce que savoir qu'un comportement est mauvais ne nous empêche pas toujours de le reproduire.
Laissez-moi vous poser une question.
Vous, en tant qu'adulte, parvenez-vous toujours à rester calme, respectueux et bienveillant lorsque vous êtes en colère, frustré ou profondément blessé ?
La plupart d'entre nous répondront honnêtement : non.
Alors pourquoi attendrions-nous d'un enfant de huit ou dix ans qu'il y parvienne, simplement parce qu'on lui a expliqué que le harcèlement fait souffrir ?
Le véritable enjeu de la prévention du harcèlement scolaire est ailleurs.
Nous devons apprendre aux enfants à gérer leurs émotions, leurs frustrations, leur besoin d'appartenir à un groupe, leurs peurs et leur impulsivité.
Et nous devons aussi leur apprendre comment fonctionnent les relations humaines.
Pourquoi certains enfants deviennent-ils des cibles ?
Pourquoi certains cherchent-ils à dominer ?
Pourquoi des témoins n'interviennent-ils pas ?
Pourquoi certaines réactions entretiennent-elles un conflit sans le vouloir, alors que d'autres peuvent parfois le désamorcer ?
C'est précisément le sujet de la conférence qu'Anne Schupbach, psychologue-psychothérapeute, et moi-même avons eu le plaisir d'animer cette semaine dans une école en Suisse.
Pendant 90 minutes, nous ne nous sommes pas contentées de dire aux enfants : « Le harcèlement, c'est mal. »
Nous leur avons transmis des outils concrets, qu'ils pourront utiliser dans de nombreuses situations de leur vie.
Ils ont découvert, notamment :
→ que le harcèlement est une dynamique de groupe, et pas seulement un conflit entre deux enfants ;
→ comment leur cerveau réagit automatiquement face au stress — attaquer, fuir ou se figer — et pourquoi il ne faut jamais avoir honte de ces réactions ;
→ que les paroles des autres ne définissent jamais leur valeur ;
→ comment reprendre le contrôle de leurs émotions plutôt que de laisser les autres les piloter ;
→ pourquoi le langage du corps, la posture et la présence influencent les interactions sociales ;
→ comment certaines réponses peuvent parfois désamorcer des moqueries ou des jeux de pouvoir ;
→ et surtout, dans quelles situations il est indispensable de demander immédiatement l'aide d'un adulte, parce que certains cas ne doivent jamais être gérés seul.
Notre message a été très clair, tout au long de la conférence :
Le harcèlement n'est jamais la faute de la victime.
En revanche, comme on apprend les mathématiques, une langue étrangère ou un instrument de musique, on peut aussi apprendre à mieux comprendre ses émotions, à développer sa confiance en soi, à communiquer et à construire des relations plus saines.
Ces compétences ne servent pas uniquement à prévenir le harcèlement.
Elles serviront aux enfants lorsqu'ils seront en désaccord avec un ami. Lorsqu'ils vivront une rupture, un conflit professionnel, une injustice. Ou tout simplement lorsqu'ils devront coopérer avec d'autres.
Autrement dit, elles les accompagnent toute leur vie.
Je suis convaincue que la régulation des émotions et le développement de l'intelligence émotionnelle constituent l'un des leviers les plus puissants pour construire une société plus apaisée.
Les connaissances académiques sont essentielles. Mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à former des adultes capables de coopérer, de gérer les conflits, de faire preuve de discernement et de créer des relations saines.
J'espère qu'un jour, ces apprentissages feront naturellement partie du parcours de chaque élève.
En attendant, nous pouvons déjà les transmettre autrement : grâce à des conférences interactives, des ateliers et des programmes en ligne conçus pour chaque tranche d'âge.
Parce qu'apprendre à résoudre une équation est important.
Mais apprendre à résoudre un conflit l'est tout autant.









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